PRINCIPE 2 | Utiliser les surfaces durables

SANS TRACE Ι UTILISER LES SURFACES DURABLES

L’objectif de toute sortie en plein air est de se déplacer en milieu naturel tout en évitant de causer des dommages aux sols, aux cours d’eau ou aux autres étendues d’eau. Pour y parvenir, il faut comprendre quels peuvent être les impacts des déplacements dans la nature. Ces déplacements peuvent causer des dommages lorsque la végétation de surface ou de minuscules communautés d’organismes sont piétinées de façon irrémédiable. Dans ces zones devenues dénudées, il s’ensuit une érosion et la formation de sentiers indésirables. Randonner dans l’arrière-pays implique souvent de se déplacer sur des sentiers existants et hors sentier.

1. Se déplacer sur les sentiers

Les gestionnaires de territoire aménagent des sentiers pour offrir des chemins identifiables sur lesquels concentrer le passage des randonneuses et randonneurs à pied ou à cheval, et des animaux de bât (plus souvent des chevaux portant de lourdes charges de matériel). Les sentiers aménagés ont eux-mêmes un impact sur leur environnement; cependant, ils sont une solution nécessaire aux déplacements en milieu naturel.

La concentration des déplacements sur ces sentiers réduit la possibilité que de nouveaux chemins se forment et laissent des cicatrices dans le paysage. Il vaut mieux se déplacer sur un chemin bien conçu plutôt que sur plusieurs pistes non appropriées. On recommande de marcher sur les sentiers partout où c’est possible. On encourage également les personnes à marcher au milieu des sentiers et à ne pas prendre de raccourcis à travers les sentiers en lacets (qui montent en zigzag sur les pentes).

Au moment de leurs pauses le long d’un sentier, les randonneuses et randonneurs cèdent le passage en laissant suffisamment de place aux autres marcheuses et marcheurs. Mettre en pratique les balises Sans trace relatives aux déplacements hors sentier lorsque l’on se déplace vers un emplacement pour prendre une pause. Mieux vaut s’assurer que le hors sentier est autorisé par le gestionnaire de territoire avant de se mettre en route.

2. Se déplacer hors sentiers

Tout déplacement hors des sentiers aménagés, par exemple vers une zone isolée, la recherche d’un espace « privé » pour aller aux toilettes et les explorations des alentours des emplacements de camping sont considérés comme des déplacements « hors sentier ». Deux facteurs importants jouent un rôle sur l’impact des déplacements hors sentier : la durabilité des surfaces et de la végétation, et la fréquence d’utilisation (ou taille des groupes).

  • La « durabilité » réfère à la capacité des surfaces ou de la végétation à résister au passage des gens ou à se maintenir dans une condition stable.
  • La « fréquence d’utilisation» (et l’utilisation par des groupes de grande taille) accroît la probabilité qu’une grande zone soit piétinée ou qu’une petite zone soit piétinée de multiples fois.

Durabilité des surfaces

Il est important que toutes les personnes qui effectuent une sortie en milieu naturel comprennent bien le concept de durabilité. Les surfaces naturelles décrites ci-dessous ne tolèrent pas toutes de la même façon les déplacements.

Roche, sable et gravier : Ces surfaces sont très durables et peuvent tolérer des piétinements et des frottements répétés. Cependant, les mousses ou les lichens qui poussent sur les roches ne résistent pas aux passages répétés. C’est pourquoi on recommande de demeurer sur les sentiers en zone montagneuse et expressément lorsqu’on se déplace dans la toundra alpine.

Glace et neige : L’impact des déplacements sur ces surfaces est temporaire; elles constituent donc un choix judicieux pour les déplacements à condition de prendre des précautions de sécurité et de vérifier que la couche de neige soit suffisamment épaisse pour que la végétation qui se cache dessous ne soit pas endommagée. La végétation qui croît dans des conditions précaires en haute altitude est particulièrement vulnérable en dépit du couvert de neige ou de glace. Attention également aux périodes de dégel alors que les sentiers sont généralement à éviter.

Végétation : La résistance de la végétation au piétinement varie. Prendre des précautions lorsque l’on se déplace à travers la végétation. Choisir des zones où la végétation est tenace ou clairsemée, et donc plus facile à éviter. Les herbes sèches résistent bien au piétinement, alors qu’on doit protéger d’autres plantes et arbustes qui y sont plus vulnérables, comme sur les plages, dans les dunes, dans les prairies humides, en bordure des lacs et des cours d’eau.

Les personnes peu expérimentées ont tendance à emprunter des chemins qui commencent à être piétinés, entraînant ainsi le développement indésirable de sentiers. En règle générale, si on doit marcher hors des sentiers, mieux vaut demander au groupe de se disperser afin d’éviter de créer des sentiers sur lesquels d’autres personnes seront tentées de passer à leur tour. On conseille d’éviter les zones de végétation autant que possible, surtout dans les pentes abruptes où les effets d’un déplacement hors sentier sont amplifiés.

Milieux humides : L’eau est une ressource précieuse pour la faune. Dans les zones plus arides, éviter de marcher dans les flaques, les bourbiers et les fondrières qui peuvent abriter une faune de petite taille. Ne pas non plus perturber l’eau de surface des marais, des marécages ou des étangs.

Sol vivant : Parfois défini comme « croûte cryptobiotique » ou « crypto » en référence aux termes « cryptobiotic crust » ou « crypto living soil » utilisés en anglais. Ce sol vivant se compose de minuscules communautés d’organismes vivants et offre l’apparence de plaques noirâtres en relief sur le sable. Il se trouve uniquement dans les zones désertiques et il est extrêmement vulnérable au passage des gens. Il conserve l’humidité et fournit une couche protectrice qui empêche l’érosion. Un seul pas peut détruire ce sol fragile. Il est donc important de se déplacer sur les sentiers aménagés dans ces zones. On ne doit pas marcher sur un sol vivant, sauf en cas d’absolue nécessité. Marcher sur des roches ou d’autres surfaces durables si on doit sortir des sentiers. Dans les zones étendues de sol vivant, où les risques d’endommagement sont inévitables, il est préférable de marcher dans les traces de pas des autres afin de détériorer le moins possible la croûte, c’est-à-dire le contraire de ce qu’il faut faire dans la végétation. Le vélo de montagne est extrêmement dommageable à ce type de sol.

3. Camper sur des surfaces durables

Le choix d’un emplacement adéquat pour camper est sans doute ce qui est le plus important pour pratiquer un plein air à faible impact. Cela requiert une parfaite capacité d’information et de jugement et souvent de faire des compromis entre les impacts écologiques et la qualité d’expérience qui est recherchée (impact social). Il faudrait choisir un site en fonction des informations obtenues sur le niveau et le type de fréquentation, la fragilité de la végétation et du sol, le risque de perturber la faune, une évaluation des dommages antérieurs, et la possibilité que son groupe cause ou évite des impacts.

Choisir un emplacement dans des zones très fréquentées

Respecter en tout temps les règles du gestionnaire de territoire relatives au choix d’un emplacement. Si aucun emplacement n’a été aménagé par le gestionnaire, éviter de camper près des lacs, des cours d’eau et des sentiers, et choisir un site qui n’est pas exposé à la vue. Même dans les zones fréquentées, on peut satisfaire sa quête de solitude en optant pour un emplacement dans un lieu un peu plus à l’écart. Il est préférable de camper à au moins 60 m (200 pi ou environ 70 pas d’adulte) du bord de l’eau pour ne pas empêcher la faune d’y accéder.

Consacrer assez de temps et d’énergie au choix d’un emplacement adéquat à la fin de la journée. La fatigue, le mauvais temps ou des départs tardifs ne sont pas des raisons qui justifient le choix de sites inappropriés ou fragiles. En général, il vaut mieux camper sur des emplacements déjà si endommagés qu’ils ne pourront pas l’être davantage si l’on s’y installe de nouveau avec précaution. Dans les zones très fréquentées, ces emplacements se repèrent facilement parce que leur végétation a déjà disparu. Il est possible aussi de trouver un site naturellement dépourvu de végétation, comme des dalles rocheuses ou des surfaces sablonneuses.

Sur les sites très dégradés, concentrer les tentes, les chemins de passage et l’aire de cuisine sur les zones déjà endommagées. L’objectif est de limiter les impacts aux endroits qui en ont déjà subi pour éviter d’en créer de nouveaux ailleurs. En levant le camp, on vérifie que tout est propre et attirant pour les campeuses et campeurs qui suivront.

Camper en région isolée et peu fréquentée

Les zones peu fréquentées ne montrent pas de signes évidents d’impact. On les retrouve plus généralement dans l’arrière-pays. Les visiter seulement si l’on maîtrise les techniques Sans trace et que l’on s’engage à les mettre en pratique.

Dans les zones vierges, il est préférable de disperser les tentes, d’éviter de circuler aux mêmes endroits et de changer l’emplacement des tentes chaque jour. L’objectif est de limiter le plus possible l’impact cumulatif du piétinement sur le site.

Au moment d’établir le campement, disperser les tentes et installer l’aire de cuisine sur les surfaces durables. Porter des chaussures légères autour du campement. Réduire le plus possible les activités autour de l’aire de cuisine et des endroits où sont entreposés les sacs à dos. Les surfaces durables constituées de grandes dalles rocheuses font des aires de cuisine idéales.

Afin d’éviter de piétiner la végétation, faire attention où l’on marche et varier les trajets en allant chercher de l’eau. Limiter le nombre de déplacements en transportant l’eau dans des contenants prévus à cet effet. Toujours vérifier les règles en vigueur, mais le principe de base est de s’installer à au moins 60 m (200 pi ou environ 70 pas d’adulte) des sources d’eau.

En partant, prendre le temps de redonner au site son aspect naturel. Afin que rien ne laisse penser que l’on vient d’y camper, recouvrir les surfaces abîmées avec des matériaux végétaux (comme des aiguilles de pin, des brindilles et des feuilles séchées), effacer les empreintes de pas, ratisser la végétation qui a été écrasée avec un bout de bois ou une branche pour l’aider à se redresser. Ces tâches bien exécutées, le site n’aura plus l’air d’un emplacement servant au camping et ainsi, d’autres campeuses et campeurs hésiteront à venir s’y installer à leur tour. Moins on campe sur un site vierge, plus il a des chances de conserver son caractère naturel.

Les meilleurs emplacements de camping dans les zones montagneuses ou arides se trouvent sur les surfaces durables, telles que les roches et le gravier, ou sur des sites qui ont déjà été si endommagés qu’ils ne le seront pas davantage par une installation supplémentaire. Les sites endommagés se repèrent facilement parce qu’ils ont déjà perdu leur végétation ou que leur sol rocailleux a été dérangé. Si un site semble convenir, vérifier qu’il est assez grand pour accueillir la totalité du groupe.

S’installer sur un site non aménagé, qui semble ne jamais avoir été utilisé, est tout à fait indiqué dans les zones montagneuses ou arides, pourvu qu’il se trouve sur une surface très résistante, exempte de végétation. Les surfaces composées de roches, de gravier ou de sable sont ainsi d’excellents choix. On déconseille de camper sur des îlots de végétation (mousse, lichen, etc.), sur les berges étroites des cours d’eau ou sur le sol vivant (en zone désertique). Camper sur le fond sablonneux d’une rivière et dans une zone sensible aux crues soudaines demande beaucoup de vigilance.

Installer les aires de cuisine, les tentes et les sacs à dos sur des roches, du sable ou du gravier. Choisir attentivement des chemins de passage durables entre les aires du site de camping pour ne pas créer de nouveaux sentiers à travers la végétation. Varier les chemins empruntés puisque l’objectif est de minimiser partout le piétinement et la compaction des sols. Limiter la durée du séjour à deux nuits.

Ne jamais racler ni enlever les matières organiques telles que des feuilles, et ne pas déplacer inutilement des roches et du gravier. Les matières organiques permettent d’amortir l’effet d’écrasement du piétinement, limitent la compaction des sols, libèrent des nutriments pour les plantes et réduisent l’érosion causée par la pluie. Lorsqu’on déplace les roches enrobées de lichens, on risque de les endommager pour des centaines d’années. Une fois qu’elles ont été retournées, leurs lichens mettront très longtemps à se reproduire.

Camper dans les canyons

Un canyon est une vallée creusée par un cours d’eau et caractérisée par son étroitesse, sa profondeur et l’abrupt de ses parois rocheuses. Les bandes étroites de terre et d’eau des canyons offrent peu de place pour disperser les activités humaines. Les emplacements de camping sont souvent désignés dans ces environnements. Il vaut généralement mieux opter pour des sites déjà établis sur des plages, des bancs de sable ou des surfaces dépourvues de végétation sous la laisse de crue (trace laissée par le niveau le plus haut atteint par la crue des eaux).

LES SEPT PRINCIPES SANS TRACE ©

© 1999 by the Leave No Trace Center for Outdoor Ethics Ι Adaptation en français par Sans trace Canada Ι Reproduction par De ville en forêt, partenaire de Sans trace Canada et fournisseur autorisé pour le programme Sans trace au Québec